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 deuxi§me jour à Casablanca

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MessageSujet: deuxi§me jour à Casablanca   Mar 22 Mai 2012 - 7:26

Il est sept heures du matin. Il pleut des cordes. J'ai apprécié la lourde couverture de laine sortie pour moi par Momo. Dehors il doit faire dans les sept ou huit degrés et il n'est pas prévu de chauffage à l'intérieur des maisons. Un seau à été placé au milieu de la cuisine pour récupérer l'eau qui s'infiltre par la terrasse.

"Viens manger! tu veux du thé? non, je sais que tu préfère du café. Tiens; il y a du miel, de l'huile d'olive, ma mère à fait chauffer le pain. Commence à manger, je vais acheter du beurre".

Je n'ai pas le temps de protester. Momo a filé. Soukaïna passe furtivement devant la cuisine pour préparer ses affaires d'école. "Salut!" Le même grand sourire qu'hier soir. Le café est déjà sur la table. Zarha n'apparaît pas mais je sais qu'elle est levée depuis longtemps. Momo est de retour. Il pose sur la table une boite de margarine et du beurre pas encore pressé emballé dans du papier sulfurisé.

"ça; il faut que tu goûtes; Je sais pas si tu aimes".

J'adore, évidemment. Ce beurre impossible à étaler sur le pain confectionné par Zarha à un goût de crème.

"Le pain est super bon, le beurre est super bon!".

"Ma mère a acheté le blé et l'a porté au moulin. Normalement on achète pas de pain. Pour le couscous, c'est la même chose, elle porte le blé et le fait concasser. Elle fait la cuisson chez un voisin qui a un four à pain."

Je jette un coup d'oeil circulaire à la petite cuisine. Elle ne doit pas faire plus de six mètres carrés mais elle contient tout ce qu'il faut de gamelles et de plats pour préparer le repas à trente personnes affamées. Les quatre feux au gaz sont épaulé par un petit foyer au charbon de bois. Un four électrique envahit d'ustensiles de toutes sortes double le four à gaz. La pièce, comme toutes les autres, est entièrement carrelée.

Momo se lève.

"Je vais chercher la voiture. Prends ton temps, reprends du café. je voulais qu'on parte en vélo mais il pleut de trop. On va faire un détour pour emmener Soukaïna à l'école".

J'accompagne Momo. C'est la station service du boulevard qui sert de parking public. Il y a là plusieurs petits taxis, dont celui de Mustapha que me présente fièrement Momo.

"Le taxi de mon père. Je fini de le payer ce mois ci".

Lorsque j'ai connu Mohamed, il y a six ans, il n'avait pas encore son bac, parlait difficilement le français, n'avait pas de prothèse et n'était jamais monté sur un vélo. Aujourd'hui ingénieur graphiste, c'est lui qui subvient principalement aux besoins matériels de la famille, il a déjà sillonné le Maroc en bicyclette jusqu'à la frontière algérienne et possède huit titre de champion du Maroc de natation et un titre de champion d'Afrique de triathlon. Tout le monde dit qu'il a puisé son extraordinaire énergie dans son handicap. Moi je veux bien mais il n'est pas le seul à avoir ce problème physique. Sa position d'ainé, l'apparente cohésion de sa famille Peuvent compléter en partie l'explication à cette incroyable énergie mais je reste tout de même songeur.

Soukaïna nous a rejoint, heureuse de profiter de l'aubaine de la voiture. D'ordinaire c'est à pied qu'elle effectue les deux kilomètres qui la sépare de l'école. je demande à Momo si lui aussi se tapait le chemin lorsqu'il n'avait pas de prothèse.

"Papa n'a jamais accepté que nous manquions un seul jour d'école". me répond il. "je me souviens d'une fois où j'étais tellement malade que je grelottais de fièvre: il m'a obligé à y aller. J'ai pleuré durant tout le chemin".

Nous déposons Soukaïna. Toute la famille a décidé qu'elle serait médecin. Lorsque je lui ai dit que c'était le voeux de toutes les familles au Maroc, d'après ce que j'avais vu, elle a éclaté de rire.


Arrivés rue Hassan Souktani nous décidons de laisser la 205 devant le service des Anciens Combattants. Un homme préposé au stationnement de la rue exécute une série de gestes sensés informer Momo de la distance à respecter pour éviter le 4x4 de devant et l'Alfa Roméo qui est derrière. Les parc-mètres viennent de faire leur apparition dans les principales grandes villes du Maroc, et les gardiens de rue se sont transformés en agents de stationnement. Nous avons ainsi croisé hier un certain nombre d'automobilistes discutant aprement le montant de l'amende qui leur était infligée pour le non- paiement de leur place de stationnement. Qu'importe que l'amende pour faire lever le sabot immobilisant la voiture ne soit que de trente Dirhams (deux Euros soixante dix). Primo il est impensable de se voir infliger une amende sans la discuter, et deusio, personne n'avait auparavant songé à léser le gardien de rue des un ou deux Dirhams qu'il était d'usage de lui donner en échange des conseils souvent inutiles à la manoeuvre et de la surveillance du véhicules, par contre indispensable, qui n'est plus assurée aujourd'hui. Le sabot devient le symbole d'une nouvelle injustice venant frapper le sujet marocain à l'instant même où il accède à une classe dite moyenne; celle de l'accession à l'automobile pour laquelle il s'est bien souvent endetté pour une dizaine d'année.

La rue Souktani n'est pas encore modernisée. Le bonhomme repars d'un pas lourd et nonchalant, la mine renfrognée, à la recherche d'autres véhicules. L'ai toujours vu officier dans ce quartier.

Simo me quitte. Nous nous retrouverons à midi. Un gardien m'ouvre l'entrée du bâtiment. Premières embrassades. Je connais tous le monde ici et il me faudra une demie heure pour accéder au deuxième étage ou je dois introduire la formation.
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MessageSujet: Re: deuxi§me jour à Casablanca   Mer 23 Mai 2012 - 8:48

La suite, la suite .......
Je reste sur ma faim là !!

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MessageSujet: Re: deuxi§me jour à Casablanca   Mer 23 Mai 2012 - 19:19

Tant pis pour vous,; vous l'aurez voulu. Vous n’échapperez pas aux discours!!!!!

Accrochez vous!!!!!!!




...Alex, le médecin, et Patrice sont montés avec moi. Huit stagiaires m'attendent déjà dans la petite salle de conférence en compagnie d'un médecin représentant le Ministère de la santé et coordinateur de la politique d'appareillage des centres du royaume, deux autres ne sont pas encore arrivés. Je m'aperçois que l'imprimé envoyé aux stagiaires me présente comme un employé de la plus importante société d'appareillage française privée, moi qui ai toujours considéré que la santé devait toujours rester un service de solidarité sociale et non devenir une affaire.

Alex prends la parole, la voix trainante et l'accent Corso-marseillais. Négligemment appuyé contre le bureau Alex soigne son style d'insulaire décontracté. Il est en réalité originaire de Marseille, ce dont tout le monde se fout sauf lui qui ne veux pas que cela se sache. Sauver les formes en étalant sa nonchalance est sa coquetterie à lui.

"Et bien...bonjour à toutes et à tous... Je tiens à vous dire que je suis très heureux de vous accueillir dans les locaux du service des Anciens combattants pour une nouvelle formation... Je crois que certains d'entre vous sont déjà venus... pour d'autres c'est la première fois... Je vous remercie d'avoir répondu favorablement à cette proposition de formation; l'appareillage des personnes amputées ou privées de leurs deux membres inférieurs... C'est un sujet qui à déjà été réclamé plusieurs fois et pour l'animation duquel nous avons le plaisir de recevoir Jean-Luc Clémençon, qui nous viens de Nancy dans l'Est de la France et qui va vous présenter la façon dont il envisage cette formation... Avant de lui laisser la parole je vous invite au respect des horaires que vous fixera monsieur Clémençon ainsi qu'à celui de la propreté des locaux... Vous avez la chance de trouver ici des locaux et du matériel en bon état... l'équipement est bon... même si il est perfectible... je vous prie expressément d'en prendre soin... d'autant que nous accueillons une autre formation à la suite de la votre puisque des élèves de l'école d'orthoprothèse de Paris arriverons ici trois jours après votre départ pour y appareiller des personnes indigentes comme celle dont vous aller vous occuper durant les 8 jours que vont durer ce stage... Maintenant je laisse la parole à Jean-luc et vous remercie encore pour votre participation."

Là dessus Bernard, le Directeur arriva précipitamment, l'air extrêmement affairé. Lui est quelquefois bordélique à souhait mais ne débarquera jamais sans son costard-cravate et les papiers de son discours.

"Bonjour, excusez moi d'être en retard! il m'a été très difficile de me libérer mais je tenais à venir vous accueillir. Avant de laisser la parole à votre instructeur je vous remercie au nom de la France, par l'intermédiaire de son ambassade et plus modestement du Service des anciens combattants dont j'ai le plaisir d'être le Directeur, je vous remercie d'être présent pour cette nouvelle session d'appareillage, puisque nous accueillons ici des formations depuis plus de six ans. Je vous rappelle que c'est ici, à la demande du Ministère de la santé du Maroc, qu'on été formées les premières promotion d'appareilleurs diplômés du pays. Grâce à la France vous rendez ici un grand service à votre pays car outre la formation qui vous sera donné par un spécialiste français vous aller permettre à plusieurs personnes indigentes de bénéficier d'appareils orthopédiques et vous savez tous à quel point ceux ci sont généralement difficiles, voire impossibles à acquérir pour la grande majorité de la population marocaine. Le service des anciens combattants assure la mission de rechercher à travers le Royaume du Maroc les familles ayant droit à la pension servie par l'état français pour service rendu à la nation durant la deuxième guerre mondiale. Sa deuxième vocation consiste à organiser chaque année des tournées dans le royaume avec des camions ateliers afin de recenser les besoins en appareillage et effectuer sur place les réparations de première nécessité. La troisième enfin tient dans ces formations grâce aux quelles les personnes diplômées en appareillage du Maroc peuvent assurer leur formation continue et à la quelle la France est fière de contribuer. Vous allez trouver ici des locaux modernes, parfaitement équipés, ce qui n'est pas forcément le cas là où vous travaillez. Je vous demande de les respecter et de les maintenir dans un bon état de propreté. Je vous demande aussi de respecter les horaires. Vous êtes logés à Casablanca grâce au Ministère de la santé. Je crois que tous les problèmes d'intendance ont été réglés. Je vais laisser la parole au Docteur Mohamed A... représentant du Ministère qui à sans doute des précisions à vous apporter. Bon séjour au service des anciens combattants et bon stage avec notre spécialiste."

"Bonjour. Je suis le Docteur Mohamed A... Chargé par le Ministère de la santé de l'application du programme de développement des centres d'appareillage et de l'aide aux personnes en situation de handicap dans le royaume. Je remercie les services des Anciens Combattants pour l'accueil qui nous est fait à chaque formation; Le royaume du Maroc à placé dans ses priorités le développement des services au bénéfice des personnes en situation de handicap; C'est ainsi qu'un grand centre d'appareillage verra le jour dans les prochaines années pour couvrir les besoins de la grande région de Casablanca. Il y a actuellement plus de vingt ateliers dépendant du ministère de la santé sur l'ensemble du royaume dont certains sont encore en cours d'équipement comme c'est le cas à Fès, Al Océma et Oujda. Il existe encore certains problèmes de fonctionnement dues aux difficultés d'approvisionnement en produits consommables dans certains de ces ateliers, c'est pourquoi des formations comme celles ci sont une chance pour les prothésistes que vous êtes de réaliser des appareils dont vous n'avez pas toujours l'habitude. Vous allez recevoir vos indemnités de stage dans les prochains jours. Si vous rencontrez quelque problème que ce soit n'hésitez pas à me contacter. Je vais assister à cette première matinée de formation et après je retournerai à Rabat. Je vous souhaite une excellente formation."

Bernard repris la parole: "Bon, moi, il faut que je vous laisse. J'ai une matinée super chargée. Je dois me rendre à une commémoration au cimetière de Rabat. Jean-Luc, nous t'avons préparé l'ordinateur et le vidéo projecteur. Si tu manques de quoique ce soit pour faire ta présentation tu demandes à Alex ou à Patrice. Bonne journée."

Évidemment je n'avais ni power-point, ni documents de présentation. J'ai toujours pensé que pour animer un stage pratique il suffit de descendre à l'atelier. Je me sentais tout de même un peu léger devant les dix personnes qui attendaient que je leur dresse les grandes lignes de la formation assorties d'explication théorique à propos des différentes techniques de moulage. Sans le vouloir je m'étais mis la pression en me condamnant à réussir tout ce qui serait entrepris puisque je prétendais tout aborder les mains dans les poches.

"Bonjour. Je suis très heureux de me retrouver ici cinq ans après la formation que j'étais venu animer. Je voudrai préciser que je ne suis pas employé chez Protéor mais que je travaille en centre comme vous. Je crois qu'on se retrouve ici un peu au même niveau car les matériaux dont nous disposons vous sont plus familier qu'a moi mais qu'en revanche vous aller devoir appliquer des principes aux quels vous n'êtes pas habitués. Le mieux à mon avis est de se rendre tout de suite en salle de moulage où je me sentirai beaucoup plus à l'aise pour trouver avec vous les meilleures façons d'appareiller nos patients. Qui parmi vous réalise couramment des prothèses de membres inférieurs?"

La moitié seulement répondirent par l'affirmative. La situation était exactement la même qu'il y a cinq ans: le ministère ou des associations finançaient des ateliers et leur équipement. De jeunes prothésistes diplômés y occupaient leur premier poste mais il s'écoulait parfois six mois avant que ne leur soit livré le consommable qui leur permettrait de travailler. Le docteur Mohamed A, fier de l'effet d'annonce de la construction de nouveau locaux ne faisait que confirmer cette désagréable impression que l'inauguration d'un bâtiment était nettement plus prestigieuse que la fabrication de la première prothèse. Beaucoup de prothésistes entretenaient une sorte de désespoir résigné. Ces formations, en même temps qu'un bol d'air représentaient une véritable opportunité de mettre à profit leur savoir acquis et le besoin de se rendre utile.

Nous nous rendîmes en salle de consultation. Je savais que jusqu'à la fin de la formation la peur de n'être pas à la hauteur de l'attente suscitée ne me lâcherait plus.


A midi j'ai retrouvé Simo.
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MessageSujet: Re: deuxi§me jour à Casablanca   Mer 23 Mai 2012 - 23:12

Vivement la suite !!!

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MessageSujet: Re: deuxi§me jour à Casablanca   Mer 23 Mai 2012 - 23:24

Très intéressant ton récit où l'on découvre peu à peu comment se fabrique l'appareillage au Maroc.
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MessageSujet: Re: deuxi§me jour à Casablanca   Jeu 24 Mai 2012 - 19:14

"- Je t’emmène bouffer un tajine!... Alors, tu es content de tes stagiaires? vous avez vu beaucoup de patients ce matin?

-Deux seulement, mais tous sont amputés ou né avec des malformations ayant nécessité l'amputation des deux jambes. Il y n'a que cinq patients en tout mais cela fait dix appareils. Comme dans leur cas ils ne peuvent pas échapper aux appuis en se reportant comme toi sur la bonne jambe, on a pas droit à l'erreur.

Pour les stagiaires, je sais pas. Je crois que c'est bien partis. C'est pas facile au début; tu prends leur place pour leur montrer et tu ne sais pas à quel moment il faut se retirer pour laisser faire. On aura pas beaucoup de temps pour recommencer les appareils ratés.

-Ce sont quand même des professionnels. Ils doivent savoir ce qu'il ont à faire!

-Sur dix prothésistes, la moitié n'a pratiquement rien pu faire depuis six mois faute de matériel. C'est exactement la même situation que lorsque j'étais venu il y a cinq ans. Je crois qu'il n'y a que l'hôpital militaire de Rabat, le centre de Rochenoire de Casa et l'école de Marrakech qui tournent correctement.

-ça fait chier bordel! vraiment ça fait chier! c'est le Maroc. C'est toujours comme ça. Je te jure; heureusement que Naji et moi on a Patrice parcequ'on aurait jamais fait tout ce qu'on a fait!

-Y a aussi Adil qui bosse à Khénitra. Il me dit qu'il a beaucoup de boulot. Il veut organiser un congrès à Rabat pour rassembler tous les prothésistes. je vais le rencontrer dimanche pour en discuter.

-On ne fait pas de rando VTT alors? j'avais vraiment envie de t'emmener dans nos coins préférés avec Naji... Faut qu'on refasse un raid VTT comme en 2005. C'était vraiment un truc magnifique, un truc qu'avait jamais existé.

- Je suis désolé pour ce week end. On va se le bouffer où ce tajine?"


Le restau était fermé. Simo m'a emmené dans un petit snack où nous avons mangé des brochettes et des frites. Au moment de payer il m'a empêché de régler l'addition.

"-Ne songe même pas à sortir tes Dirhams pendant douze jours; Je serai très faché.

-D'accord mais je vais hésiter à sortir au restau avec toi.

-Tu m'emmerde pas avec ça. C'est moi qui t'invite à Casablanca". Il me regarde dans les yeux. Simo à un regard si clair, on s'y noierait presque.

"-Jean-Luc; il faut qu'on refasse un raid en VTT comme en 2005. Ce truc, ça a été le plus gros tournant de ma vie. Je sais qu'on recommence jamais la même chose mais il faut qu'on emmène d'autre amputés, sans tomber dans toutes les conneries qu'on a fait à l'époque. Maintenant je sais ce qu'on peux faire ou pas, avec Patrice on connais des tas de coins. On a besoin de presque rien pour tout ça"...


L'après midi à l'atelier à été exclusivement réservée aux prises d'empreintes plâtrées sur les membres amputés de nos patients.

Il y avaient Brahim,Khalil et Ahmed, tous trois venus de la ville de Safi, à 200 km d'ici.

Brahim, quatorze ans était venu avec sa mère. Amputé à mi cuisse et à mi jambe dans un accident de la voie publique il avait déjà bénéficié d'un appareil lors d'une formation précédente. Depuis il avait bien dû grandir de quinze centimètres. Initié à l'appareillage, Brahim était parfaitement à l'aise au milieu de dix prothésistes tournant autour de lui lors des moulages.

Khalil était âgé de 24 ans. Il avait perdu ses deux jambes dans un accident de moto. Ses prothèses étaient dans un état si lamentable que sa marche était devenue une succession de bascules sur des pieds en forme de bananes tenues par des chiffons. DJ intermittant dans une boite de nuit, percussionniste au sein d'un groupe de musique avec lequel il était passé plusieurs fois à la radio en plus des concert occasionnels, il rêvait de pouvoir danser.

Je n'ai pas su si Ahmed avait un métier. Désarticulé d'un genou d'un coté et amputé à mi-jambe de l'autre, j'avais aperçu son imposante silhouette se balancer d'un pied sur l'autre sur le Boulevard Moulay Youssef ce matin avec Simo. Comme khalil il marchait sans canne. Vu comme ils se débrouillaient avec leurs appareils hors d'usage, je trouvais que ces mecs plaçaient la barre très haut.

Pour leur éviter les frais et la fatigue des voyages, le service avait mis à leur disposition une chambre équipée de trois lits et d'un petit coin-cuisine séparée de l'atelier par la cour du bâtiment.

Hanane et Niama habitaient toutes les deux à Casablanca. A sa naissance Hanane présentait des pieds atrophiés et retournés, ses jambes trop courtes étaient tournées vers l'intérieur, de sorte que les mouvements de marche étaient absolument impossibles. A vingt ans elle a été amputée à hauteur des genoux pour permettre l'appareillage et la marche.

Quant à Niama, suivie depuis de nombreuses années, elle était bien connue du service. L'appareillage de ses deux jambes privées de pied et de péroné était un véritable casse-tête, d'autant que depuis un ans et la croissance aidant, ses genoux étaient devenus si instables qu'il avait fallu remonter très haut sur les cuisses pour maintenir un semblant de rectitude et permettre une marche de plus en plus laborieuse.

Excepté Khalil, aucun d'entre eux ne parlaient français et les stagiaires me servaient d'interprète.

A dix huit heure tous les moulages étaient terminés et huit des dix moules en plâtre des prothèses coulés. Le travail avait avancé plus rapidement que je ne l'avait prévu. Cela me rassurait un peu. Après avoir pris congé de chacun je suis remonté à l'étage pour retrouver Patrice, qui profitait de ma venue pour avancer son travail de bureau.

"-On va se boire une bière chez moi en attendant Simo?

-Ouiiii!!!!!!!!! je te suis..."
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MessageSujet: Re: deuxi§me jour à Casablanca   Dim 27 Mai 2012 - 14:35

Patrice et sa compagne Johana bénéficient d'un appartement au troisième étage du bâtiment. Je crois bien que c'est la première fois que je peux prendre le temps de passer mon temps avec lui.

Lorsque nous nous sommes rencontrés, il préparait son Brevet de technicien supérieur en appareillage, en alternance avec une entreprise toulousaine et l'école d'orthopédie de Valence où je faisais des interventions deux fois par mois.

Nous avions conclus par une bière à la terrasse d'un café en rêvant à nos projets: lui de ne pas faire de ce métier un commerce pur et simple. Peut-être travailler en centre de sécurité sociale même si la sécurité lui faisait un peu peur et que la grande marche sociale ne soit pas forcément le but de sa vie. Partir travailler en Afrique, au Mali? Pourquoi pas, puisque ce pays le fascinait et que les besoins en appareillage y étaient tellement criants. Rejoindre une association humanitaire? ça rimait trop avec missionnaire mais sinon, où aller?

De mon coté le Maroc était déjà inscrit dans mes projets. Avec quelques amis nous avions monté une petite association dans le but d'aider des personnes handicapées à découvrir l'étendue de leurs possibilités. Le partage des expériences de chacun dans le cadre de voyages sportifs nous avait paru un très agréable et excellent moyen d'y parvenir.

Patrice ne se doutait pas qu'il serait associé à notre voyage en VTT dans le Moyen-Atlas marocain. Ce fût notre deuxième rencontre. Il venait de rejoindre à Casablanca l'équipe du service des Anciens Combattant et l'accompagnait dans sa tournée annuelle à bord de camions prévus spécialement pour l'appareillage itinérant. Nos chemins allaient se croiser dans la province de Khénifra.

C'est là que Patrice à fait la connaissance de Simo, Naji et Aziz. C'est là aussi qu'il s'est dit que cette expérience au Maroc démarrait sous les meilleures auspices. Les montagnes marocaines, la pratique du métier qu'il avait choisi, un de ses loisirs préféré et trois types amputés totalement déjantés étaient réunis avec lui. Il s'est occupé du suivit de leurs appareils, et si Aziz s'est expatrié en Italie à la suite d'un autre raid VTT organisé en France, Naji et Simo ont continué de sillonner les pistes du pays avec lui, initiant à l'occasion un autre unijambiste à la pratique du vélo tout terrain.

Ainsi, presque sans contact et seulement en sachant ce que faisait l'autre de l'autre coté de la Méditerranée, nous sommes devenus amis.

Patrice a posé deux "spéciales", la bière de Casa, sur la petite table du salon. Il y avait dans un coin un joli vélo bleu en acier comme on les faisait autrefois, avec un pédalier à clavette, une dynamo et un solide porte-Bagages. Devant moi était installé un petit lit d'enfant laqué de blanc.

"C'est le vélo que nous avons acheté au Mali pour Johana. Il est beau hein? Je l'aime bien ce vélo. C'était vraiment un super, super truc, le Mali. Les vélos, on les a acheté le premier jour en arrivant à Bamako, et on est partis dessus. On s'est tout de suite paumés sur les pistes et ça a été tout de suite extraordinaire.

Le lit du bébé je viens de l'acheter. nous sommes en train de terminer son nid. Y a un truc qui te pousse là dedans hein? C'est un peu magique et complètement naturel en même temps... Il faut que vous alliez au Mali...Ici quand tu arrive, déjà, c'est le choc. Mais sit tu pars d'ici pour aller là bas c'est un autre choc, encore plus fort...comme si tu étais libéré des ridelles de sécurité, tu vois? évidemment, nous on sait qu'on a tout le confort, mais tu te sens vivant. Va au marché à Bamako; tu sens que ça bat là dedans! tu vois?

Je réfléchis. Je lui répond:

ça bat pas mal ici, pour moi. Tu sais, hier, à la gare TGV de Roissy, toute grise, toute bétonnée et en pleine cambrousse, il y avait un haut-parleur et une voix féminine glacée qui te rappelais les règles élémentaires de la sécurité toutes les cinq minutes: "surveillez vous bagages, tout bagage non étiqueté sera détruit, méfiez vous des vendeurs à la tire et des pickpocket"...
Des types en treillis et mitraillette font les cents pas dans le hall. Tu te colles aux lumières du Mac-do comme une mouche sur une lampe et tu te crois à la page 132 de 1984 d'Orwells...

...Quand Simo est venu en France, cet été, il avait l'impression de se promener dans des villes fantômes et il a même cru que Toul était en deuil, le premier jour, tellement les rues étaient silencieuses et désertes. La nuit; il a été angoissé à cause du silence. Lorsque je viens ici j'ai l'impression de renouer avec l'aventure d'une autre vie...

Patrice:

...Aussi parceque tu viens par petits bout de 15 jours et que tu es accueilli. Tu ne subis aucune routine. Tout y est gratifiant... Mais c'est vrai que ça donne l'impression qu'il y a des degrés dans l'échelle du vivant. Au grand marché de Bamako, la nuit, des petites boites de sardines remplies d'huile sont suspendues au dessus de chaque échoppe et servent de lampe. ça fait des centaines de petits foyers qui illuminent la place...Une féérie avec trois fois rien.

Moi:

ça me fait penser au bidonville où habitait Aziz: un peu de béton, des tôles, de l'aglo et du chiffon, mais exactement ce qu'il faut là où il faut, et au final une indicible beauté. Peut-être que lorsque l'on sait que l'on a qu'une seule chance, on y met ce qu'on a de meilleur pour ne pas la laisser passer.

Patrice:

Peut-être... on vit sans filet...alors il faut faire attention... Pour nous, ça n'a rien à voir; on est complètement privilégiés, mais je me demande comment que ça se passera si je dois revenir travailler en France... Joh et moi on a souvent envie de repartir mais... Tu sais; lorsque je rentre près de Toulouse, pendant deux jour je me met à pleurer pour n'importe quoi et souvent il faut que je reste seul...(Un bruit de sonnette) C'est Simo... Simo? on descend ou tu montes?... d'accord...

Simo nous attend en bas".
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MessageSujet: Re: deuxi§me jour à Casablanca   Lun 28 Mai 2012 - 22:03

Nous nous sommes retrouvés dans la rue Souktani avec son rythme nonchalant s'accordant à celui du personnel des services diplomatiques d'Italie, des USA et de la France terminant sa journée dans sa villa, son appartement luxueux ou un de ces restaurants au charme désuet de la vieille Europe des années 50. Le "Casablanca"; salon de thé décoré de posters d'Ingrid Bergmann et de Humphrey Bogart se remplissait lentement.

"Bon, déclare Patrice, moi je vais remonter. Je suis crevé. A moins que vous vouliez qu'on aille se manger des brochettes et des salades quelque part. Y a des petits restos sympas pas très loin. ça te dit Simo?

Jean-Luc, c'est comme tu décides. Je fais comme tu voudras.

Franchement j'ai seulement envie de rentrer et d'aller me coucher. La première journée, c'est toujours la plus crevante et j'ai envie d'être clair pour demain.

C'est comme tu veux. On rentre. Naji m'a téléphoné tout à l'heure, il va nous rejoindre chez moi."

Une demie heure plus tard Simo garait sa 205 en sureté dans la station service. Nous fîmes le reste du chemin à pied. Naji nous attendait devant la maison.

"Eh! Jean-Luc, ça va? beaucoup travail? c'est bien, c'est bien. Tu viens manger à la maison?"

Houla! Rattar! Fuir Naji comme la peste dans ces moment là. Il est capable de m'achever dès le premier jour avec un de ces plans, génial pour lui et galère pour moi, dont il a le secret. Le fait que Naji soit amputé d'une jambe n'est pas un handicap suffisant pour que je soit capable de rivaliser avec lui. Je le vois déjà me promener dans les rues de son quartier à la rencontre de tous ses copains avant de m’emmener chez lui non sans m'avoir fait délicatement l'étalage de ses dettes pour me faire sentir à quel point je suis quelqu'un de généreux. Je décline en invoquant la fatigue. Le blanc de mes yeux rouges plaide pour moi. Il insiste.

"Tu viens. Ma mère a fait à manger. Voiture, pchttt, Simo, pchttt, manger et toi dormir à la maison. Demain Naji sonner le reveil à 7 h...bus...rue Souktani... c'est bon. ça va? c'est bon.

Naji. on fait ça samedi si tu veux. Comme ça t'as le temps de prévenir ta mère et je travaille pas le lendemain."

Simo intervient.

"Il est venu à pied pour t'inviter, ça serait bien d'y aller. Il est venu exprès et sa mère à fait à manger."

Après 6 ou 7 allers et retours au Maroc je sais que si l'on ne peux en principe déroger aux règles de l'hospitalité marocaine, on le doit absolument en cas de situation de rupture physique ou pour cause d'estomac trop tendu, ou encore parcequ'on est invité exactement avec le même procédé dans trois endroits différents. C'est une question de survie .

"Je suis crevé. Je rentre me coucher. A samedi Naji. Je suis désolé".

Naji n'insiste pas et repars comme il est venu. Jusqu'à chez lui il y a bien quatre kilomètres. Je me demande combien de milliers de bornes il a déjà parcouru dans cette ville avec sa prothèse.

Chez Simo je retrouve l'ambiance apaisante de cette famille si agréable, seulement perturbée, ou plutôt rythmée, par la présence du téléviseur continuellement allumé sur n'importe quelle chaine. Salah apporte l'omelette au cerfeuil et le thé préparés par sa mère. Nous mangeons tous les trois à la main dans le même plat. Mustapha n'est pas encore rentré. Zarha et Soukaïna se tiennent dans la pièce voisine.

Après une douche sommaire à l'aide du tuyau d'eau et d'un seau, je vais me coucher sur la banquette du salon et m'endors presque immédiatement.



fin de la deuxième journée


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deuxi§me jour à Casablanca
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